les «Hard-Mods » anglais et les «Rudes Boys » jamaïcains. Les membres du mouvement Mods avaient pour groupe leader, à leurs
débuts, The Who. Mais, alors que les Who se sont orientés un moment vers les valeurs hippies, les Hards-Mods ont réagi très
différemment et rejetant d'une part les valeurs hippies qu'ils considéraient comme des délires de fils de classes aisées,
des facéties d'une jeunesse dorée en mal de sensations fortes, et, d'autre part, les idées et pratiques racistes des Teddy-Boys
(grands adorateurs d'Elvis Presley et autre «petits blancs»). Y aurait-il quelqu'un pour les condamner. Non ! Hein?
Les Hards-Mods etaient d'authentiques enfants des classes utra-défavorisées d'Angleterre. ils vivaient dans les mêmes quartiers
que les émigrés jamaïcains. Les enfants blacks de ces quartiers étaient organisés en bande les «Rudes Boys » afin de résister
à l'oppression des blancs et écouter leur musique préférée, le Ska et le Reggae. Les deux mouvements vont se rencontrer et
pactiser. De cette rencontre naîtra une unité et des actions communes contre les Teddy-Boys et les symboles de l'oppression
d'état Les Hards-Mods vont transformer leur look, se couper les cheveux de plus en plus court, s'habiller avec des tenues
de travail et vont ainsi devenir les Skinheads.
On le voit donc, le mouvement Skin est né d'une rencontre permise par des valeurs antiracistes, des valeurs de solidarité
entre enfants de couleurs différentes mais issues d'une seule est même classe: celle des ultra-défavorisés.
Une dérive catastrophique.
Alors pourquoi certains sont-ils partis dans une voie complètement opposée à celle du mouvement originel?
Tout d'abord, le mouvement Skin naissant en partie d'une réaction face à la vague Hippie, on constate un rejet réel des attitudes
«peace and love» et «cool ». Bref, dans les années 70, Si on est skin, on est « propre sur soi », «on se rase tous les jours
» et, tout en luttant contre l'oppression et l'injustice, on tient à certaines notions telles que l'ordre. il y a eu une réelle
crispation de certains Skins sur cette position lors du raz de marée punk de 1977.
C'est bien là, à mon sens, où ça a merdé. Ce schéma de pensée, associé au fait que le mouvement ne présentait aucune idéologie
précise à ces débuts, a contribué au fait que des idées particulièrement nauséabondes ont pu rapidement et très facilement
pénétrer ce milieu. En particulier, l'activisme du National Front anglais a alors été déterminant A la fin des années 70,
début des années 80, en mêlant un discours social condamnant la politique désastreuse du gouvernement Thatcher à des idées
clairement réactionnaires, ce parti politique a réussi à récupérer la partie des Skins qui avait envie d'agir vite mais ne
présentait pas de conscience ni d'idée politique. Les skinheads clairement fascistes sont alors apparus. Ces idiots de la
famille sont appelés par les autres Skins les « Boneheads », les «crânes d'os » en français. C'est cette tendance qui fait
le plus parler d'elle dans les médias par ses «ratonnades » et ses conneries dans les stades.
Certains boneheads se sont radicalisés au point d'aboutir à une démarche néo-nazie terroriste et revendiquée. Le plus violent
des réseaux de Skins nazis est né, suite au départ d'un groupe de «Boneheads» du National Front Ces Skins fondent alors le
réseau « Blood and Honor » (tout un programme !). Ce réseau a pour but l'unification du mouvement Skin fasciste européen.
Une des productions du label de ce réseau est «No Remorse » avec le titre «Barbecue in Rostock » (!!!).
Le réseau fut, dans un premier temps, dirigé par Ian Stuart du groupe SKREWDRIVER, le groupe phare des nazis européens au
début des années 90. En 1994, Ian Stuart se tue dans un accident de voiture (pauvre bagnole va ! Tu méritais pas ça). Mais
la mort de ce leader ne met pas fin au cauchemar. Le groupe C18 prend le contrôle du réseau. Rien que le nom du groupe aurait
dû pousser les services de sécurité à réagir immédiatement C18 signifie Combat 18, 1 pour la première lettre de l'alphabet
qui est A et 8 pour la huitième qui est H... bref AH... comme Adolph Hitler. Les «services de l'ordre » laisseront ce groupe
tranquille plus de trois ans avant de réagir en 1997 lorsque le réseau lance un vague d'attentats à l'aide de colis piégés.
Aujourd'hui, même si l'auteur des colis est arrêté, le réseau existe toujours ... et édite des listes de personnalités ennemies
à leurs causes avec la mention «à abattre ». D'autres Skinheads Nazis se sont regroupés dans un réseau plus international
et plus puissant appelé Hammerskins. Alors que le réseau de Cl 8 est essentiellement européen, celui des Hammerskins draine,
en plus, toute l'Amérique du Nord. Le symbole du réseau est constitué de deux marteaux croisés. Contre tout attente, ce symbole
provient du film «The Wall » des Pink Floyd (?!?!?!) dans lequel le héros, leader d'un groupe Pop - Rock, finit dictateur.
Les marteaux croisés sont issus de la scène où une armée de marteaux défile (on l'a tous vu). On retrouve là une des techniques
de propagande des plus utilisées par l'extrême-droite, qui consiste à récupérer certaines idées ou symboles de leur plus résolus
ennemis afin de les détourner pour les réutiliser à leur compte.
Ainsi, ce que l'on a appelé la Nouvelle Droite, les quelques rares fascistes cultivés qui aient pu exister, font de nombreuses
références à Antonio GRAMSCI, le fondateur du Parti Communiste Italien, et dernier théoricien politique de grande envergure.
Le phrase «La vérité, seule, est révolutjonnaire », c'est lui. De même, cette Nouvelle Droite fait appel aux valeurs anticolonialistes...
pour expliquer que, dans le plus pur respect de ces principes, il faut que tout le monde reste chez soi et progresse à son
rythme... en Afrikaner on appelle ça Apartheid ! Moi c'est pas le genre de truc qui me calme!
Cette petite digression pour dire qu'il est très facile pour qui n'est pas averti de tomber dans le panneau. Par contre, Si
la personne reste plus de trois jours à côté de ces ordures alors, c'est clair, elle ne vaut même plus la corde qui est destinée
à la prendre comme disait mon pépé à moi. Pour revenir aux Hammerskins, précisons qu'ils se situent eux-mêmes par rapport
aux autres boneheads comme les SS vis-à-vis des SA. En France, ils sont regroupés sous le nom de CHS (Charlemagne Hammer Skins...
du nom de la division Charlemagne, division SS de la seconde guerre mondiale composée de volontaires français). Ce réseau
édite aussi une liste de personne classée «à abattre »... et le plus inquiétant c'est qu'il est très facile de la trouver
sur le Web. Les liens de ce mouvement avec le Ku Klux Klan sont avérés.
En dehors du Web, le RAC (Rock Against Communism) reste le principal vecteur de «l'idéologie» des skins nazis. Je ne citerai
pas les noms des groupes de cette scène afin de ne pas leur faire de pub. Mais sachez qu'il y en a dans les bacs lors de la
convention du disque d'occasion de Limoges qui a lieu tout les 11 novembre et que cela est fortement regrettable pour cette
manifestation.
Une réaction à la hauteur des dégâts.
Je ne souhaite pas m'appesantir sur les Skinheads dit apolitiques. Pour beaucoup d'entre eux l'apolitisme consiste à traîner
avec des skins nazis. Ben oui!, on ne va pas mélanger l'amitié et la politique, c'est sûr. Sauf que ces skins «Apolitiques
» n'ont, en général, pas d'amis parmi les Skins antiracistes. Puisque, selon eux, être anti-raciste c'est aller à l'encontre
des principes de l'apolitisme. Bon, quand t'auras compris, tu viendras m'expliquer perce que moi, perso, je n'y arrive pas...
Bon courage.
Non, ces abrutis qui osent dire que le mouvement Skin ne doit avoir que trois mots d'ordres Bière/Baise/Baston et surtout
pas de politique parce que ça salit, moi je les zappe.
On va s'attarder sur deux grosses tendances bien plus intéressantes
l°) les SHARP (Skinheads Against Racial Préjudice - Skinheads contre les préjugés raciaux)
2°) les RASH (Red and Anarchist Skinhead - Sl:inheads rouges et anarchistes)
En fait, en regardant bien les paroles ou les actions des groupes phares de la scène Oi !, on comprend bien que l'amalgame
entre Skin et nazi est beaucoup trop réducteur. Le groupe Redskin se revendique clairement socialiste révolutionnaire, les
Oppressed sont des Skins Rouges, le groupe Angelic Upstarts, que des crétins snobinards ont taxé de fachos, font partie de
la Red Action d'Angleterre. Enfin, l'hymne commun aux Punks et Skins, la chanson « If the kids are united, thev will never
be divided» du groupe Skin Sham 69 est, en fait, une adaptation de la chanson communiste « Le peuple uni ne sera jamais vaincu
». Les chansons de ces groupes ne parlent pas de baston mais de grève générale, de répression... C'est bon, pas besoin de
continuer, je crois.
En fait, en Angleterre comme ailleurs, lorsqu'une partie des skins a rejoint le National Front, tout un pan du mouvement (le
plus important d'ailleurs) a rejoint la tendance révolutionnaire du mouvement travailliste anglais: celle appelée «Socialist
Workers». Ils seront le plus fort soutien extérieur aux mineurs anglais lors de leur grande grève du début des années 80...
et accueilleront les punks venus soutenir cette cause comme ce qu'ils sont à savoir... leurs frères.
De ces Skins de gauche est né le mouvement SHARP qui s'est donné comme mission de «créer un espace sain pour une scène skinhead
antiraciste». Les moyens qu'ils ont dû employer n'étaient pas ceux d'enfants de choeurs, c'est clair. Seulement, il ne faut
surtout pas oublier qui ils avaient et ont encore en face.
Pour ma part je me suis retrouvé avec des amis en face du GUD (Groupement Union Défense, lié à la fac de droit d'Assas) lors
du mouvement étudiant de 1986 (je faisais partie des secouristes du service d'ordre étudiant).
Les barres de fer et les Cocktails Molotov étaient « de sortie» du côté facho, personnellement j'ai pas eu le temps de réagir
et d'ailleurs je n'aurais pas su quoi faire, mais heureusement que le service d'ordre contenait des éléments déterminés et
aguerris au combat de rue : des Skins et des vrais. Sans eux, le campus de Jussieu aurait compté des morts ce jour là. L'ironie
du sort a voulu que le membre du service d'ordre qui a bloqué le Nazi qui voulait balancer un cocktail Molotov dans un amphithéâtre
rempli était un autre Skin... qui était du bon coté. Je revois souvent en flash son geste de courage pur. Ce mec a choisi
de neutraliser le porteur du cocktail en voyant bien qu'en faisant cela il allait ramasser un coup de barre de fer du skin
nazi qui protégeait le porteur de la bombe incendiaire artisanale. Je revois comme dans un film cette barre de fer arriver
direct sur la tête du brave. J'ai juste eu le temps de penser «Merde! Il est mort!» avant de voir le brave réussir à esquiver
en partie le coup (le nez cassé quand même). il ne s'agissait en aucun cas d'un geste de bourrin de sa part mais bel et bien
d'un acte de sacrifice, qui, ce jour là a évité des souffrances. Le feu dans un amphi archi-bondé, tu vois le résultat...
Depuis ce jour, quand un blaireau me sort que les Skins sont des gros cons fachos quel que soit leur bord, je te jure que
le mec à le droit à la prise de tête de sa vie en matière de débat houleux, et qu'il s'en rappelle longtemps après.
Tout cela pour te dire qu'en ce qui concerne les moyens utilisés par les SHARP, je suis persuadé qu'ils n'ont pas le choix
face aux nazillons qui sont de réels psychopathes. Oui, parmi ceux qui ont connu le mouvement alternatif, condamnerait les
SCALP (Sections Carrément Anti - Le Pen) ? Pas toi en tout cas. Bien ! Alors, regarde de plus près ce que l'on trouve parmi
les militants de ces groupes. Des Skinheads, parmi eux ! Oh surprise!
Plus engagés encore que les SHARP sont les membres du RASH, la tendance des skinheads communistes et anarchistes. J'ai, pour
ma part, été plus que surpris quand j'ai appris que les deux idéologies s'étaient unies. Puis bon voilà, en regardant de plus
près les «rouges» en question on se rend compte très rapidement qu'il sont proches de la mouvance autonome qui est caractérisée
par une révulsion pour toutes les solutions autoritaires et refuse toute forme de nationalisme. Choses qui ont rendu possible
leur alliance avec les Libertaires.



